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vendredi 14 décembre 2012

Miketz et H'anouka - l'homme comme épicentre ?


Dans notre parasha on nous parle des rêves de Pharaon qui, d'une certaine manière constituent une réponse à ceux de Yossef, en effet, il y a un même élément qui apparaît : le blé. Il est intéressant de noter que selon un des avis dans le Talmud celui-ci constituerait l'arbre de la connaissance auquel Adam et H'ava ont illicitement goûté (cela est basé sur le fait que blé se dit "h'ita" et faute "h'èt"). C'est donc ce même élément qui nous fait descendre en Egypte, mais surtout qui marque notre lien aux non-juifs, nous nous devons de réparer la nature de transformer le blé en pain, c'est ainsi que Ya'akov lorsqu'il vendit un plat de lentille à Essav, en échange du droit d'aînesse, il lui vendit également du pain ("leh'em venezid adashim"), et c'est ainsi qu'à la sortie d'Egypte le blé devient de la matza (pain azyme) - son ultime réparation…

Yossef interprète les rêves de Pharaon et on nous parle de sept années d'abondance suivies de sept années de sécheresse. Toutefois, la Torah ne nous précise pas pourquoi l'Egypte va être frappée par la sécheresse, auraient-ils particulièrement fauté ?

Pour pouvoir essayer de répondre à cette question, il nous faut comprendre les bases de la société égyptienne. Dans la parasha précédente, nous avons vu que lorsqu' Yossef arrive à la maison de Potiphar, il reçoit de suite un rôle important, de même lorsqu'il arrive en prison, il reçoit directement un rôle à responsabilité élevée. Excepté la Présence Divine qui l'accompagnait, il n'y a rien qui puisse justifier cela si ce n'est un caractère justement égyptien : en Egypte, compte sur l'homme.

L'homme est fort, puissant, dominateur et dominant, il est maître de son sort et de celui d'autrui et cela ne nie en rien l'idolâtrie à laquelle ils s'adonnaient. Dans ce même sens et pour illustrer ce propos, le midrash rabba nous raconte que l'Egypte était pleine de magiciens - hommes illustres aux pouvoirs énormes pouvant changer la réalité, dans son apparence, en tous cas. L'homme au centre du monde. Yossef lui-même est influencé par cette vision du monde, il demande aux maître-échanson et panetier de se souvenir de lui et de rappeler son nom devant Pharaon, il les implore. Nos Sages, dans le midrash, ne tardent pas à critiquer ce phénomène et d'avouer que pour cette raison D' lui ajouta encore deux années supplémentaires en prison. Il est également connu que les Pharaons se considéraient comme étant divins - preuve de cette même vision du monde, l'homme agit, l'homme crée des changements, l'homme est dieu.

Par opposition à cette vision du monde, D' punit l'Egypte par la famine et la sécheresse, soudainement on remarque que tout ne dépend pas de nous, en outre, nul ne sait interpréter les rêves de Pharaon, dont toutes les forces du monde n'aident en rien à comprendre ce qui se passe dans sa propre tête. Il ne peut pas accepter avoir un monde au delà de son conscient.

On aurait pu penser que D' pour réparer cette vision du monde aurait pu puissamment Se dévoiler et montrer aux yeux de tous qu'il n'est aucune rédemption à quiconque compte sur l'homme. Mais D' fait une réparation plus importante. Il ne dit pas : ne comptez pas sur l'homme. Il dit : comptez sur l'homme qui compte sur D' !

Yossef arrive en terre égyptienne et provoque un changement radical dans leur vision du monde. Ses forces, il les puise dans sa foi, comme nous l'enseignent nos Sages. Il fait comprendre qu'ils peuvent compter sur lui, car il est "l'ustensile" de la force Divine. Une fois ce message intégré, les frères peuvent descendre en Egypte et s'y installer.

Cette même histoire, celle de l'homme tout-puissant comme société est également l'histoire de la guerre contre les Grecs, celle de H'anouka. Force physique et esthétique (tels les jeux olympiques), au centre du monde. Antiochus Epiphane était un dirigeant privilégiant la débauche et la violence, ceci constitue la sous société grecque contre laquelle la lutte est évidente. Mais comme dans toute société, il y a également une haute société. Leurs activités - la philosophie, les sciences, etc. ont fait passablement avancer le monde et on leur en est redevable. Toutefois, ces avancées technologiques, et cela est valable de nos jours aussi, sous-tendent très souvent des valeurs qui ne sont pas les nôtres. Des valeurs comme la démocratie, la tolérance, le droit du particulier, sont évidemment bienvenues dans le judaïsme, mais souvent, malheureusement, elles deviennent unilatérales et extrêmes au point qu'on ne veuille plus se lier au Peuple d'Israël, la notion de communauté disparaît. Cela est évidemment un désastre qui nie toutes les valeurs de solidarité auquel le Judaïsme nous éduque. 

Parfois on sent le téléphone vibrer dans la poche, alors qu'il n'y est pas, n'est-ce pas comme si on nous avait ajouté un organe nouveau aux effets fantômes, auquel on devient dépendant?

Le capitalisme a ses bons et ses mauvais côtés, mais il faut se rappeler que ce n'est pas tant l'homme qui est au centre, mais l'homme qui fait confiance en D' et qui sait quand se battre, car il faut un certain déterminisme et préparation à cela.

H'anouka marque donc l'indépendance du Judaïsme comme culture et comme Peuple, ouverte aux valeurs positives tant qu'elles savent s'intégrer dans nos valeurs nous éduquant en fin de compte à une confiance en D'. Je pense que cette même réparation que Yossef a accompli dans son lien avec l'Egypte, et les Hasmonéens avec les Grecs doit être faite aujourd'hui avec les valeurs occidentales.

dimanche 2 décembre 2012

Parashat Vayeshev et la Terre d'Israël


La vente de Yossef - un acte qui a des conséquences...

La vente de Yossef par ses frères est souvent considérée comme l'une des plus grandes fautes de la Torah. 
Elle fut la cause de la descente de nos ancêtres en Egypte, et ce, pour 210 ans, comme explicité dans le Zohar H'adash (parashat Vayeshev 36a). 
En effet, en contrepartie des 22 ans subis par Yossef en Egypte, ses dix frères (Binyamin non compris, puisqu'il n'y était pas au début) devaient y rester 220 ans, soit la même somme décuplée. 
Cependant, la peine des frères liée au fait de mourir en dehors de la Terre Sainte a permis de diminuer leur "punition" de dix ans. 
Le Ari va plus loin en affirmant que cette faute des dix frères a engendré les dix martyrs juifs tués par les romains (cf. Sha'ar HaPessoukim, parashat Vayetze, s.v. vayiska ima; cf. encore midrash "eleh azkera" dans Otzar HaMidrashim d'Eisenstein, p. 440-448).


Selon le sens simple et littéral des versets, on dirait que la faute réside dans le fait de "voler une âme et de la vendre". Toutefois de nombreux kabbalistes l'ont expliqué différemment: la faute ne se limitait pas uniquement à cela, le problème résidait également dans le fait de sortir un Juste de la Terre d'Israël !

Expliquons cela.

Il est écrit dans le "Sefer HaH'aredim" (Teshouva, chap. 4, p. 216) que le Juste par sa présence en Israël lie la dernière lettre du Tétragramme avec celles qui la précède:
"Et en sortant de la Terre d'Israël, il sépare. Et les Patriarches ne sont sortis qu'en suivant la Parole Divine. En effet, lorsqu'un homme sort d'Israël il fait sortir avec lui La Présence Divine".
Dans le livre "Emek HaMeleh'" (d'un des disciples du Ari, Rav Naftali Bah'rah') il est écrit (Portique 6, chap. 26):
"Le secret de la faute de la vente de Yossef, qui constitue la base (yessod) de l'alliance sacrée (brit kodesh) est le fait qu'il soit d'abord emprisonné par l'écorce (klipa) de l'exil".
C'est-à-dire que les frères de Yossef ont séparé deux sefirot: yessod et malh'out.
En d'autres termes, plus compréhensibles, ils ont provoqué la chute de Juste – élément qui sera une source d'ennuis et de troubles pour les générations à venir; en effet, comme dit, cette faute a engendré l'exil et l'esclavage en Egypte… car les "actes des Pères sont des signes pour les fils", comme l'explicite le Ramban a plusieurs reprises.

Il en est ainsi tout au long de l'histoire juive, nous passons d'un pays à un autre, d'une expulsion à une autre, d'un pogrome à un autre, d'un antisémitisme à un autre, d'une dégradation à une autre, toujours avec ce sentiment que cette fois ça ira… Pourtant une rétrospective dans la Torah nous montre bien que la source de ces pérégrinations réside dans l'acte des frères de Yossef, cette vente malvenue qui nous a détachée de notre Terre alors que tout notre long exil était la conséquence de cet acte.

Puissions-nous connaître la délivrance pleine et entière, Shabat shalom !

dimanche 25 novembre 2012

Choses et autres...

Quelques messages et un premier essai

Un nouveau chemin

Après de nombreux jours d'absence : un mariage et plusieurs nouveaux débuts, je me suis vite rendu compte qu'il m'était très difficile d'écrire de bons articles traitant de la emouna à un rythme conséquent. J'ai donc décidé d'ouvrir une nouvelle rubrique liée aussi à la pensée juive, mais sous un autre aspect, peut-être moins profond et plus "journalistique": la Terre d'Israël dans la parasha (péricope) de la semaine. Je pense que c'est également intéressant d'étudier d'autres sujets. Peut-être laisserais-je également place à de libres pensées, dans un style plus proche de Pascal que de Descartes...
Quoiqu'il en soit, je n'abandonne pas mon projet initial, j'ai d'ailleurs deux articles en cours d'écriture ; j'espère pouvoir finir leur rédaction sous peu et ainsi pouvoir les publier. Je n'ai malencontreusement pas tout le temps que je désire à ma volonté...

Un peu de pub...

Je profite également de promouvoir un très bon projet lancé par le Rabbin Yona Ghertman (lien aux articles qu'il a écrit sur le blog Modern Orthodox, que je recommande par ailleurs aussi, ici), également docteur en histoire du droit: le Site des études juives.


Son origine : la volonté de proposer une approche nouvelle des études juives, en français, où les textes proposés allient le respect de la tradition et les méthodes universitaires. 
Son but : diffuser un judaïsme intellectuel de haut niveau. 
Les auteurs : érudits de différents milieux et appartenant à divers courants de l'orthodoxie juive. Au-delà des petites choses qui les séparent, leur point commun est l'amour de l'étude ainsi que de la transmission.



Nous vous invitons donc à consulter ce site : http://www.lesitedesetudesjuives.fr 

Il y a une newsletter qui vous informe des mises à jour. Vous pouvez également rejoindre la page Facebook du site pour être informé de celles-ci. 


La péricope de la semaine - Vayishlah'


"Puis Jacob dit "Ô Divinité de mon père Abraham, Divinité d'Isaac mon père! Éternel, toi qui m'as dit: ‘Retourne à ton pays et à ton lieu natal, je te comblerai’" (Genèse 32, 10)



Il nous faut comprendre quel est le lien entre le début du verset et sa fin. 
Ne peut-on donc pas être comblé en dehors d'Israël ?


Rabbeinou Bah'yei fils d'Asher (Barcelone 1255- Saragosse 1340), disciple du fameux Rashba (Rabbi Shlomo Ben Aderet 1235-1310) propose une explication à cette question dans son commentaire sur la Torah (sur Deutéronome 32,10) à propos du verset: "un pays sur lequel veille l'Éternel, ton Dieu, et qui est constamment sous l'œil du Seigneur, depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin".

"La Providence Divine principale est en Israël ; en effet, Dieu veille sur tous les pays, mais Il veille et (dévoile) sa Providence principalement là-bas (c.à.d.en Israël), c'est seulement alors que celle-ci se répand vers les autres pays". 

Ce même commentateur a réitéré cette affirmation lorsqu'il a démontré que les astres n'ont aucune influence sur la Terre d'Israël (comm. sur Deutéronome 31, 16, vers la fin). On comprend maintenant mieux pourquoi Jacob ne peut être réellement comblé qu'en Terre d'Israël.

En réalité, ces propos sont explicites dans le midrash sur notre verset (Bereshit Rabba, 74):
"Les biens situés en dehors d'Israël n'ont pas de bénédiction. Seulement lorsque tu reviendras au pays de tes Pères, Je Serai avec toi".
Nos Sages disent encore à propos du verset (Sifrei, Réèh, 114): "car l'Éternel veut te bénir dans ce pays que lui, ton Dieu, te destine comme héritage pour le posséder" (Deutéronome 15,4): 
"l'Ecriture nous enseigne que la bénédiction ne dépend que de la Terre d'Israël".
Nos Sages nous enseignent donc que le véritable bonheur, le fait d'être comblé, ne se limite pas une richesse matérielle, qui sans celle spirituelle est sans valeur. La Terre d'Israël constitue la valeur spirituelle - le lieu de la sainteté ; la source de la Providence. 
A méditer.